Vendre un bien en indivision au Sénégal : Le guide complet pour débloquer la situation et sécuriser la transaction
L’indivision est une situation juridique fréquente au Sénégal, particulièrement suite à un héritage. Vous vous retrouvez copropriétaire d’une maison familiale, d’un terrain ou d’un immeuble avec vos frères, sœurs ou cousins. Si cette situation peut sembler protectrice au départ (« le bien reste dans la famille »), elle devient souvent un piège redoutable lorsque les intérêts divergent.
L’un veut vendre pour investir, l’autre veut louer, et le troisième occupe les lieux gratuitement. Comment gérer la vente d’un bien en indivision au Sénégal lorsque l’entente n’est pas parfaite ? Quelles sont les règles imposées par le Code de la Famille ? Peut-on forcer la vente ?
Cet article expert vous détaille les mécanismes juridiques pour sortir de l’indivision, les clauses à insérer pour vous protéger, et les erreurs coûteuses à éviter absolument.
⚡ Réponse Rapide : Peut-on vendre un bien en indivision ?
Oui, mais le principe de base est l’unanimité. Pour vendre le bien immobilier dans sa totalité, tous les co-indivisaires doivent donner leur accord et signer l’acte notarié.
Si un indivisaire refuse :
1. Vous pouvez lui proposer de racheter vos parts (priorité).
2. Vous pouvez vendre vos parts à un tiers (difficile et soumis au droit de préemption).
3. En dernier recours, vous pouvez saisir le Tribunal pour demander la licitation (vente aux enchères), car le Code de la Famille stipule que « Nul n’est contraint à demeurer dans l’indivision ».
Table des matières
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- Comprendre l’indivision au Sénégal : Règles de base
- La règle de l’unanimité et ses limites
- Les 3 solutions pour vendre (Amiable, Rachat, Judiciaire)
- Le droit de préemption : Priorité à la famille
- La convention d’indivision : Mieux vaut prévenir
- Les erreurs fatales qui bloquent les ventes
- Scénarios : Cas concrets Diaspora vs Local
- Frais et fiscalité de la vente en indivision
- Checklist des documents obligatoires
- Foire aux Questions (FAQ)
📌 L’essentiel en 7 points
- L’indivision naît automatiquement après un décès ou un achat groupé.
- Chaque indivisaire possède une quote-part (pourcentage) mais pas une partie physique précise du bien.
- La vente de la totalité du bien exige la signature de 100% des propriétaires.
- Les co-indivisaires ont un droit de préemption : ils sont prioritaires pour racheter les parts de celui qui veut partir.
- Si un mineur est impliqué, l’autorisation du Juge des Tutelles est obligatoire.
- La vente judiciaire (enchères) est souvent une perte financière (prix bas), à éviter si possible.
- La désignation d’un mandataire unique par procuration facilite grandement la gestion administrative.
Comprendre l’indivision au Sénégal : Règles de base
L’indivision est une situation juridique où plusieurs personnes exercent des droits de même nature sur un même bien. Au Sénégal, elle est principalement régie par le Code de la Famille et le Code des Obligations Civiles et Commerciales (COCC).
Concrètement, si vous héritez d’une maison avec vos deux frères, vous êtes tous les trois propriétaires de la maison entière. Vous ne possédez pas « le salon » ou « la cuisine », mais une fraction abstraite de la valeur totale (ex: 1/3 chacun, ou selon les règles successorales du droit musulman ou commun).
La règle de l’unanimité et ses limites
La gestion d’un bien indivis est démocratique mais contraignante. Pour les actes graves, comme la vente (acte de disposition), la loi sénégalaise impose l’unanimité.
Cela signifie que le refus d’un seul indivisaire, même s’il ne possède que 1% du bien, suffit à bloquer la vente amiable chez le notaire. Cette règle vise à protéger le patrimoine familial contre les décisions hâtives d’un seul membre.
L’exception des 2/3 (Gestion courante)
Pour les actes d’administration simples (réparations urgentes, mise en location pour payer les charges, paiement des impôts), la majorité des 2/3 des droits indivis peut parfois suffire pour prendre des décisions, mais cela ne s’étend pas à la vente du bien immobilier lui-même.
Les 3 solutions pour vendre (Amiable, Rachat, Judiciaire)
Face à une situation d’indivision, trois voies s’offrent à vous pour réaliser la vente.
1. La vente amiable (La voie royale)
C’est la solution la plus simple, la plus rapide et la plus rentable. Tous les indivisaires se mettent d’accord sur le principe de la vente et sur le prix.
Avantage : Le bien est vendu au prix du marché.
Procédure : Tout le monde signe le mandat de vente et l’acte notarié (ou donne procuration).
2. La vente de quote-part (La sortie individuelle)
Vous voulez vendre votre part, mais les autres veulent garder la maison. Vous avez le droit de vendre uniquement vos droits indivis.
Difficulté : Il est très difficile de trouver un acheteur tiers (étranger à la famille) qui accepte d’acheter une « part » de maison et d’entrer en indivision avec des inconnus.
Solution : Vendre sa part aux autres indivisaires (mécanisme de la soulte).
3. La licitation (La voie judiciaire)
Si le blocage est total (désaccord persistant), vous devez saisir le Tribunal de Grande Instance ou le Tribunal Départemental. Le juge ordonnera le partage judiciaire. Si le bien ne peut pas être divisé physiquement (comme une maison unique), le juge ordonnera sa mise aux enchères publiques.
Inconvénient majeur : Le prix d’adjudication est souvent bien inférieur à la valeur réelle. C’est une perte d’argent pour toute la famille.
Le droit de préemption : Priorité à la famille
C’est une clause de protection essentielle prévue par la loi sénégalaise (Article 473 du Code de la Famille). Si vous souhaitez vendre votre part à une personne étrangère à l’indivision, vous devez obligatoirement en informer les autres indivisaires par acte d’huissier, en précisant le prix et les conditions.
Les autres membres de la famille disposent alors d’un délai (généralement 1 mois) pour exercer leur droit de préemption, c’est-à-dire se substituer à l’acheteur et acquérir votre part aux mêmes conditions. Cela permet de conserver le patrimoine dans le cercle familial.
La convention d’indivision : Mieux vaut prévenir
Pour éviter les conflits, les héritiers ou acheteurs groupés peuvent signer une Convention d’Indivision chez le notaire. C’est un contrat qui organise la vie commune.
Cette convention peut prévoir :
– Qui occupe le bien et contre quelle indemnité.
– Comment sont réparties les charges.
– La désignation d’un gérant.
– La durée de l’indivision (par exemple 5 ans renouvelables), période durant laquelle personne ne peut demander le partage (sauf cas exceptionnels).
Les erreurs fatales qui bloquent les ventes
Des milliers de dossiers dorment dans les études notariales de Dakar à cause de ces erreurs courantes :
Ignorer un héritier
Oublier un frère vivant à l’étranger ou un enfant hors mariage reconnu peut annuler purement et simplement la vente des années plus tard. Le Jugement d’Hérédité doit être exhaustif.
Vendre sans l’accord du Juge des Tutelles (Mineurs)
Si un héritier est mineur, ses parents NE PEUVENT PAS vendre sa part sans l’autorisation du Juge. Le notaire bloquera la vente. C’est une protection d’ordre public.
Les accords verbaux
« Mon frère a dit oui au téléphone ». Cela n’a aucune valeur juridique pour un Titre Foncier. Il faut une procuration écrite, signée et légalisée (ou notariée).
Ne pas purger le droit de préemption
Vendre sa part à un ami sans notifier officiellement ses frères et sœurs expose la vente à une annulation judiciaire.
Scénarios : Cas concrets Diaspora vs Local
✈️ Scénario Diaspora : Le blocage à distanceFatou (Paris) et Moussa (New York) veulent vendre la villa parentale à Mbour. Leur frère Ibrahima (Dakar) occupe la maison gratuitement et refuse de vendre. Il ne répond plus aux appels.
L’erreur : Attendre indéfiniment qu’il change d’avis.
La solution : Fatou et Moussa doivent mandater un avocat à Dakar pour envoyer une mise en demeure à Ibrahima, lui réclamant une « indemnité d’occupation » (loyer) pour les 5 dernières années. Face à cette dette qui s’accumule, Ibrahima acceptera souvent la vente amiable pour régulariser sa situation.
🏠 Scénario Local : L’achat groupé entre amisTrois amis achètent un terrain à Diamniadio pour spéculer. Deux ans plus tard, l’un a besoin d’argent urgent et veut vendre. Les deux autres n’ont pas les moyens de racheter sa part et refusent de vendre le terrain maintenant car le prix n’a pas assez monté.
Le problème : Ils n’ont pas signé de convention d’indivision.
L’issue : L’ami pressé est coincé. Il doit brader sa part à un tiers investisseur (si les autres ne préemptent pas) ou menacer d’une procédure judiciaire coûteuse.
Frais et fiscalité de la vente en indivision
La vente en indivision engendre les mêmes frais qu’une vente classique, avec quelques spécificités lors du partage de l’argent.
| Type de Frais | Estimation / Qui paie ? |
|---|---|
| Droits d’enregistrement | Payés par l’acheteur (environ 5% du prix selon barème). |
| Frais de Notaire (Vente) | Payés par l’acheteur (Émoluments tarifés). |
| Droit de Partage | Taxe spécifique (souvent 1%) prélevée sur le montant net à partager entre les héritiers/vendeurs. |
| Plus-Value Immobilière | Impôt payé par les vendeurs si le bien a pris de la valeur depuis l’acquisition/succession. |
Pour des taux précis et à jour, consultez le site de la Direction Générale des Impôts et Domaines (DGID).
Checklist des documents obligatoires
Pour préparer votre dossier chez le notaire, rassemblez :
Foire aux Questions (FAQ)
Un indivisaire peut-il vendre sans me le dire ?
Il ne peut pas vendre le bien entier. Mais il peut vendre sa quote-part. Cependant, il a l’obligation légale de vous en informer par huissier pour vous permettre d’exercer votre droit de préemption (racheter sa part en priorité).
Comment fixer le prix de vente en cas de désaccord ?
L’idéal est de faire réaliser deux expertises immobilières indépendantes par des experts agréés au Sénégal. La moyenne des deux estimations servira de base objective pour la négociation.
Que faire si un héritier occupe la maison gratuitement ?
C’est illégal sans l’accord des autres. L’occupation privative d’un bien indivis donne lieu au versement d’une indemnité d’occupation (un loyer) à la masse indivise. Vous pouvez réclamer cette somme rétroactivement sur 5 ans.
Peut-on sortir de l’indivision sans vendre le bien ?
Oui, par le partage en nature. Si le bien le permet (ex: un grand terrain nu), on peut le morceler en plusieurs lots distincts avec des Titres Fonciers individuels. Chacun repart avec sa parcelle et l’indivision cesse.
Le notaire est-il obligatoire ?
Oui, absolument. Pour tout acte modifiant un Titre Foncier (vente, partage, licitation), la loi sénégalaise impose l’acte notarié sous peine de nullité absolue.
Mini Glossaire
- Indivisaire : Membre de l’indivision (copropriétaire).
- Quote-part : La fraction du bien détenue par chaque personne (ex: 25%).
- Licitation : Vente aux enchères d’un bien indivis ordonnée par la justice.
- Soulte : Somme d’argent versée pour compenser une inégalité lors du partage (rachat de part).
- Préemption : Droit prioritaire d’achat.
- Juge des Tutelles : Magistrat chargé de protéger les intérêts des mineurs.
Pour approfondir les aspects légaux, référez-vous au Code de la Famille disponible auprès du Secrétariat Général du Gouvernement.

















