Acheter un terrain à régulariser au Sénégal : Opportunité ou piège ? Le guide complet de sécurisation
Dans la quête d’un patrimoine immobilier au Sénégal, de nombreux acquéreurs, notamment issus de la diaspora, se tournent vers des terrains dits « à régulariser ». Ces parcelles, souvent situées dans des zones d’extension urbaine comme Mbour, Tivaouane Peulh, ou Bambilor, affichent des prix défiant toute concurrence, parfois trois à quatre fois moins chers qu’un terrain titré dans la même zone.
Mais derrière cette appellation administrative se cache une réalité juridique complexe. Achat terrain à régulariser Sénégal ne signifie pas acheter un titre de propriété clé en main. Cela signifie acquérir un droit d’usage précaire qu’il faudra transformer, par un long parcours administratif, en droit réel (Bail ou Titre Foncier). C’est un pari sur l’avenir qui peut rapporter gros, mais qui peut aussi mener à la perte totale de l’investissement si les vérifications ne sont pas drastiques.
Cet article a pour vocation de vous éclairer sur la nature exacte de ces terrains, les dangers de la procédure, et la stratégie étape par étape pour sécuriser votre acquisition auprès de l’administration sénégalaise.
⚡ Réponse Rapide : Qu’est-ce qu’un terrain « à régulariser » ?
Un terrain « à régulariser » est une parcelle issue du Domaine National qui n’a pas encore de Titre Foncier individuel. L’occupant détient généralement un acte administratif (délibération ou affectation) délivré par la Mairie.
Le principe : Vous n’achetez pas la terre (qui appartient à la Nation), mais vous rachetez les « peines et soins » (investissements) de l’occupant.
L’objectif : Vous devez ensuite engager une procédure auprès de la DGID (Impôts et Domaines) pour transformer ce droit d’usage en Bail Emphythéotique, seul titre vous garantissant une propriété durable et bancable. C’est une opération risquée mais potentiellement très rentable.
Table des matières
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- Comprendre le statut juridique : Domaine National vs Titre Foncier
- Les 5 risques majeurs d’un terrain non régularisé
- La procédure de régularisation : De la Mairie à la DGID
- Les vérifications obligatoires avant de payer
- Quels sont les coûts réels de la régularisation ?
- Scénarios : Diaspora vs Local
- Checklist de sécurité avant transaction
- Foire aux Questions (FAQ)
📌 L’essentiel en 7 points
- Un terrain à régulariser n’est pas encore un Titre Foncier. C’est un droit d’usage.
- La transaction se fait d’abord à la Mairie (mutation/désaffectation), puis aux Domaines.
- L’approbation de l’acte par le Sous-Préfet est obligatoire pour sa validité.
- La « mise en valeur » (construction, clôture) est souvent exigée pour obtenir le Bail.
- Attention aux zones « non aedificandi » (interdites de construction) : vérifiez à l’Urbanisme.
- Le NICAD (Numéro d’Identification Cadastrale) est le sésame pour suivre votre dossier.
- Ne versez jamais la totalité du prix sans avoir vérifié l’enregistrement de l’acte initial.
Comprendre le statut juridique : Domaine National vs Titre Foncier
Au Sénégal, la terre est régie par la loi n° 64-46 du 17 juin 1964 relative au Domaine National. Cette loi stipule que les terres non immatriculées appartiennent à la Nation. Elles sont gérées par les collectivités locales (Mairies) qui peuvent les affecter aux citoyens pour usage (habitation ou culture).
Quand on vous vend un terrain « à régulariser », on vous vend en réalité une parcelle du Domaine National qui a fait l’objet d’une affectation (délibération) par la mairie, mais qui n’a pas encore été immatriculée au Livre Foncier de l’État.
L’État a lancé des campagnes de régularisation pour permettre aux occupants de transformer ce droit précaire en un Titre Foncier ou un Bail, moyennant une procédure administrative et financière.
Pour plus de détails sur le cadre légal, vous pouvez consulter le site du Secrétariat Général du Gouvernement.
Les 5 risques majeurs d’un terrain non régularisé
Le prix attractif cache des dangers que tout investisseur averti doit connaître.
1. La double attribution (Le doublon)
C’est le fléau des zones en développement. Faute de cadastre numérique parfait dans certaines mairies, un même terrain peut avoir été attribué à deux personnes différentes par deux maires successifs. Sans Titre Foncier pour trancher, le conflit peut durer des années.
2. La désaffectation pour non-mise en valeur
Le droit d’usage est conditionné par l’occupation. Si vous achetez un terrain « papier » et que vous le laissez nu pendant 3 ou 5 ans, la Mairie a légalement le droit de le reprendre (désaffectation) pour le donner à quelqu’un d’autre.
3. L’emplacement dans une zone litigieuse
Certains terrains sont vendus sur des zones réservées par l’État (projets d’autoroute, réserves foncières) ou des zones inondables. Seule une vérification auprès de l’Urbanisme et de la DSCOS peut vous protéger.
4. L’impossibilité de financement bancaire
Aucune banque ne vous prêtera de l’argent pour construire sur un terrain à régulariser. Vous ne pourrez pas non plus hypothéquer le terrain pour garantir un prêt.
5. Les frais cachés de régularisation
Le prix d’achat au « vendeur » n’est que la partie visible de l’iceberg. La procédure de régularisation auprès de l’État (Impôts et Domaines) coûte de l’argent (frais de bornage, droits d’enregistrement, redevances). Si vous ne les anticipez pas, votre projet peut être bloqué.
La procédure de régularisation : De la Mairie à la DGID
Vous avez acheté le terrain et effectué la mutation à la Mairie. Comment obtenir le précieux sésame (Bail ou TF) ? Voici le cheminement officiel.
Étape 1 : Le Bornage et le NICAD
Vous devez faire borner le terrain par un géomètre agréé. Ce plan, visé par le Cadastre, permettra d’obtenir un NICAD (Numéro d’Identification Cadastrale). C’est l’identité unique de votre terrain dans la base de données de l’État.
Étape 2 : La demande de régularisation (Bail)
Vous déposez un dossier complet au bureau des Domaines compétent (ex: Rufisque, Mbour, Ngor). Le dossier comprend :
– Demande manuscrite adressée au Ministre des Finances.
– Copie de l’acte administratif (délibération) à votre nom.
– Extraits de plans cadastraux avec NICAD.
– CNI et timbres fiscaux.
Étape 3 : La CCOD (Commission de Contrôle des Opérations Domaniales)
Votre dossier est examiné par cette commission qui vérifie la disponibilité du terrain et l’absence de litige. Si l’avis est favorable, la procédure continue.
Étape 4 : L’approbation et le paiement
Le bail est approuvé par l’autorité compétente. Vous recevez un avis de paiement pour les droits d’enregistrement et la redevance foncière. Une fois payé, vous signez votre contrat de Bail. À ce stade, le terrain est sécurisé.
Étape 5 : La transformation en Titre Foncier (Cession définitive)
Une fois que vous avez construit et mis en valeur le terrain (constat d’huissier ou certificat de conformité), vous pouvez demander la transformation du Bail en Titre Foncier définitif.
Pour suivre vos démarches, référez-vous au portail de la DGID (Direction Générale des Impôts et Domaines).
Les vérifications obligatoires avant de payer
Ne signez rien avant d’avoir mené cette enquête de terrain et administrative.
- Vérification à la Mairie : Le nom du vendeur figure-t-il bien sur le registre domanial ? Y a-t-il des mentions marginales (litiges) ?
- Vérification à la Sous-Préfecture : L’acte de base a-t-il été approuvé (homologué) par le Sous-Préfet ? Sans ce tampon, il est nul.
- Vérification physique : Allez sur le terrain. Y a-t-il des bornes ? Des traces de construction ? Parlez aux voisins : savent-ils à qui appartient le terrain ?
- Vérification DSCOS : Y a-t-il un arrêt de travaux ou une plainte enregistrée sur ce lotissement ?
Quels sont les coûts réels de la régularisation ?
Il est difficile de donner un chiffre exact car cela dépend du barème foncier de la zone et de la superficie. Cependant, voici les postes de dépenses à prévoir :
| Poste de dépense | Estimation / Nature |
|---|---|
| Frais de mutation (Mairie) | Souvent forfaitaires (ex: 50.000 à 300.000 FCFA selon commune) appelés « frais de bornage ». |
| Honoraires Géomètre | Pour le plan de bornage et NICAD (Variable selon surface). |
| Droits d’enregistrement (DGID) | Pourcentage de la valeur vénale du terrain lors de l’établissement du bail. |
| Frais de constitution de dossier | Timbres, légalisations, frais divers. |
Scénarios : Comprendre par l’exemple
Résultat : À son arrivée, le terrain est occupé par une autre personne qui a un acte plus récent et qui a construit. La Mairie avait réaffecté la parcelle car Moussa ne l’avait pas clôturée. Il se retrouve dans un litige long et coûteux, sans garantie de récupérer sa mise.
Résultat : 18 mois plus tard, elle obtient son Bail. La valeur de son terrain a triplé car il est désormais sécurisé juridiquement.
Checklist de sécurité avant transaction
Foire aux Questions (FAQ)
Puis-je construire une maison en dur sur un terrain à régulariser ?
Techniquement oui, beaucoup le font. Juridiquement, c’est risqué. Sans Titre Foncier ou Bail, vous ne pouvez pas obtenir un Permis de Construire en bonne et due forme (sauf autorisation précaire de la mairie). En cas de litige ou de projet d’utilité publique, vous pourriez être démoli avec une indemnisation faible ou nulle.
Combien de temps dure la procédure de régularisation ?
Il n’y a pas de délai légal strict. Cela dépend de la complexité du dossier, de la zone et de la charge de travail de la CCOD. En moyenne, comptez entre 1 an et 3 ans pour obtenir un Bail définitif.
Est-ce que je peux vendre un terrain en cours de régularisation ?
Oui, mais vous ne vendez pas un titre de propriété. Vous cédez vos « droits d’impenses » (peines et soins). L’acheteur devra reprendre la procédure ou faire une mutation à la mairie. Cela peut compliquer le dossier administratif en cours.
Qu’est-ce que le NICAD ?
Le NICAD (Numéro d’Identification Cadastrale) est un code unique attribué à chaque parcelle par le Cadastre. C’est essentiel pour localiser précisément le terrain dans le plan national et éviter les superpositions.
Mini Glossaire
- Peines et soins : Valeur des aménagements réalisés sur un terrain non titré (murs, puits, arbres).
- Désaffectation : Acte par lequel l’autorité retire le droit d’usage sur un terrain.
- Bail Emphythéotique : Contrat de location longue durée (18 à 50 ans) avec l’État, constituant un droit réel.
- CCOD : Commission chargée de valider les attributions de terres de l’État.
- DSCOS : Direction chargée de la police de l’urbanisme et du contrôle des sols.
Pour sécuriser vos démarches, n’hésitez pas à solliciter les services officiels via Service Public Sénégal.

















